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Jean-Marc Benoît : « Un rien peut m'inspirer » 

Jean-Marc Benoît a lancé sa marque JMB en 2012. (Photo : C.L.)
Jean-Marc Benoît a lancé sa marque JMB en 2012. (Photo : C.L.)

Jean-Marc Benoît est un passionné d'art. Ses débuts en tant qu'autodidacte l'amèneront à suivre des études d’histoire de l'art et d'arts plastiques puis à se former pendant deux ans à la Chambre syndicale de la couture à Paris. Après plusieurs années de collaboration avec un créateur américain à Paris, il décide de rentrer au pays en 2011. Un an plus tard, la marque JMB est créée.  

Vous avez remporté le premier prix d'un concours « Créateurs » de demain parrainé par Paco Rabane, rencontré le couturier antillais Antoine Nizas, travaillé pendant de nombreuse années avec Abraham Pelham, quels rôles ont joué ces personnes dans votre carrière ?

Dans l'ensemble elles m'ont surtout apporté une bonne formation technique. J'ai beaucoup appris à ce niveau et avec le couturier américain dont j'ai été assistant pendant plusieurs années, j'ai aussi appris l'autre facette du métier : la gestion des fournisseurs, l’organisation des défilés, etc.

 

À quel moment avez-vous décidé de vous lancer dans la couture haute gamme ?

Après plusieurs années en tant qu'assistant, je me suis rendu compte que j’avais acquis suffisamment de techniques et de savoir-faire dans la gestion d'une société, j'avais envie de donner ma vision des choses, de créer mes propres modèles. Et à l’occasion d'un voyage en Guadeloupe où j'ai un peu observé ce qui se faisait, je me suis dit que c'était le moment et surtout l'endroit pour créer la marque.

 

Avant votre installation définitive, quels regard portiez-vous sur la mode

en Guadeloupe ?

Je n'avais pas de regard parce que je ne restais pas longtemps, je revenais en tant que touriste. Je ne me préoccupais pas trop de ce qui se faisait ici. C'est à mon retour que j'ai fait l'effort de découvrir ce qui se faisait.

 

Et aujourd'hui après quatre ans, a t-il changé ? Peut-on aujourd'hui commencé à parler de mode en Guadeloupe et dans la Caraïbe ?

Je ne pense pas que ça soit très juste de dire qu'on a une mode en Guadeloupe. Comme beaucoup de régions, nous avons un folklore qui vient de nos ancêtres, de notre façon de s'habiller, du costume créole, mais une mode sous-tend qu'il y a une industrie de la mode.

Et on n'a pas encore réussi à développer cela, particulièrement dans les Antilles françaises. Même si en Guyane c'est un peu différent car ils ont un début d'industrie qui se met en place par rapport à leur situation géographique. La Guyane est entourée de pays plus avancés que nous, comme le Brésil ou le Suriname. Dans la Caraïbe, des îles comme la Jamaïque, Haïti sont aussi plus avancées. 

 

En 2012 vous avez participé à la première édition des Kréyol Fashion Days (KFD) parrainée par Jean-Paul Gaultier, comment avez-vous vécu cette expérience ?

Cela a été la première étape et le premier gros événement qui m'a fait connaître en Guadeloupe. Je débutais et on ne connaissait pas trop le nom JMB et puis les choses

se sont enchaînées.

 

Où puisez-vous votre inspiration pour la création de vos modèles ?

Dans la rue. Je regarde beaucoup les gens. Un rien peut m'inspirer : une attitude,

un vêtement, une personne, un lieu, une architecture. Je suis aussi très influencé par le cinéma, je regarde toutes sortes de films et c'est vrai que ça m'inspire beaucoup.

 

La paille est un matériau qui revient souvent dans vos créations, qu'est-ce qui vous plaît dans son travail ?

J'ai toujours aimé la paille. Je pense que ça doit venir de ma grand-mère qui était couturière et qui utilisait beaucoup la paille de coco, elle faisait des chapeaux. J'ai toujours aimé le côté brute de la paille qu'on utilise comme un matériau noble, c'est surtout ça qui m'a plu. J'ai commencé avec le raban, une paille déjà tressée de Madagascar, après j'ai développé son utilisation avec de la paille à chapeau raffinée, vernie, teinte.

 

D'autres matières vous inspirent-elles ?

Les matières que j'aime particulièrement sont les matières qu'on retrouve en haute couture du fait de ma formation. Ce sont des matériaux nobles comme la dentelle, la soie, la mousseline et le satin. Tous ces matériaux que j'aime mélanger avec le côté brut de la paille.

 

Comment qualifieriez-vous la femme JMB ?

J'habille toutes les femmes et toutes les morphologies. La femme JMB s'assume, n'est pas complexée. L'assurance est assez essentiel dans l'image que je me fais de la femme JMB.

 

JMB n'habille que la femme ?

Pour le moment oui, habiller l'homme est en réflexion.

 

Vous avez créé les nouveaux uniformes du personnel au sol et en cabine (une garde robe de sept pièces) de la compagnie aérienne Air Caraïbes, présentés le 19 juin, un nouvel exercice pour vous...

C’était nouveau et très éloigné de ce que je fais. J'ai l'habitude du sur-mesure, des matières nobles. Là, il y avait beaucoup de contraintes aussi bien techniques qu'artistiques. Au final,

on a travaillé très longtemps dessus. Dans l'ensemble ils sont assez satisfaits.

 

Vous pouvez en être fier...

Oui, j'ai pris du temps avant de réaliser parce que c'était quelque chose de nouveau.

C'est une première qu'un créateur antillais crée des uniformes pour une compagnie aérienne. J'en étais assez satisfait et si c'était à refaire, je n’hésiterais pas.

 

Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?

Le défilé dans l'avion Air Caraïbes Fashion Week, (NDLR, à l'occasion du 9e anniversaire de la compagnie en décembre 2012). C'est de cette façon que j'ai été connu par la compagnie. Défiler dans l'avion était quelque chose d'assez original. On était plusieurs créateurs de la Guadeloupe et de la Martinique et sur place j'étais le seul créateur dans l'avion.

C.L.

Jean-Marc Benoît a présenté sa nouvelle collection Itinéraires, le samedi 3 octobre,

au Pavillon de la ville, à Pointe-à-Pitre.

 

Collection Kinnabari. (Photos : Yvan Cimadure)

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Commentaires: 2
  • #1

    Dinane (samedi, 07 novembre 2015 14:25)

    C'est super
    J'ai beaucoup appris de ce styliste que j admire

  • #2

    twelelokans.com (lundi, 16 novembre 2015 20:34)

    Merci, nous allons continuer à vous faire découvrir d'autres talents.