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Anicée Martin : « Être toutes les femmes en fonction de ses envies »

Devenir styliste pour Anicée Martin était une évidence. S'ensuit alors un parcours

bien défini : bac d'art appliqués, prépa aux grandes écoles d'art à Esmod en stylisme-modélisme, puis un perfectionnement au moulage à Vauclert, l'académie internationale de coupe de Paris. Aujourd'hui, elle est à la tête de la marque Ochun.  

Votre parcours professionnel a débuté il y a 15 ans. Après un stage chez Nina Ricci lors de votre dernière année à Esmod vous décidez de rentrer en Guadeloupe.

Oui, même si ça se passait bien j'ai ressenti le manque de mon pays et j'ai décidé de rentrer, un peu sur un coup de tête. Suite à ça, j'ai été obligée de créer mon propre emploi parce qu'il n'y a pas de société qui soit dans la capacité d'embaucher un stylite ou un modéliste ici.

La première boutique s'appelait Alinéa. L'aventure a durée trois ans. J'ai arrêté pour des raisons de santé et environ un an et demi après, je suis revenue avec Ochun. Il restait des choses d'Alinéa mais certains aspects avaient changé. J'avais envie de modifier la gamme

de produits en reprenant une partie de la base mais en y ajoutant autre chose. L'ouverture

de la boutique Ochun a eu lieu en 2009-2010. Mais Ochun a été créée avant. J'ai eu le temps de distribuer dans des boutiques avant de rouvrir une boutique.

 

Quels étaient les produits de la marque Alinéa ?

Sur Alinéa, j'utilisais déjà des tissus « ethniques ». On était sur une ligne qui est un peu plus occidentale et parisienne qu'aujourd’hui, où il y a beaucoup plus de couleur et de légèreté.

Il y avait une rigidité sur Alinéa. Au début, on a toujours envie de montrer la prouesse technique. Je pense qu'au fur et à mesure, on s'attache plus à l'âme des choses, qu'à la technicité absolue du produit. Je me suis attachée à d'autres choses que la technique.

 

Décider de se lancer et d'ouvrir sa boutique est-il un passage obligé

pour un créateur ici ?

J’aurais beaucoup de mal à le dire. Ça dépend de l'option de création. Je veux pouvoir contrôler ma production du début à la fin. C'est ce qui me permet d'avancer au rythme que je souhaite. J'aime le fait de maîtriser toute la chaîne. Mais je ne pense pas que tout le monde puisse, ou en ait envie. Moi, c'est une stratégie qui correspond à ma personnalité, deuxièmement au produit, et troisièmement à une projection. 

 

Vous avez choisi le prêt-à-porter. Dans quelles conditions travaillez-vous ?

Les vêtements sont confectionnés en atelier, nous sommes trois. Je fais de petites séries en essayant de faire en sorte qu'il n'y ait pas deux fois le même coloris, le même imprimé sur une même zone. Après, ça sera de moins en moins possible parce qu'aujourd'hui je dois faire face à une demande croissante. Je restreins géographiquement la distribution d'une même pièce. Je me suis calée sur le prêt-à-porter. C'est à dire qu'on sort à peu près trois collections par an avec, tous les mois, des demi-collections qui sont des variantes des grandes lignes.

 

Comment se qualifie l'esprit Ochun ?

Dans les religions animistes afro qu'on retrouve à Cuba, au Brésil, en Afrique, en Haïti , c'est la déesse de la beauté et de la féminité. Ochun est une métisse en tant que déesse. C'est la déesse de la maternité, elle représente toutes les femmes. La femme dans ce qu'il y a de plus sensuel à ce qu'il y a de plus maternel, de plus sexuel et glamour. L'idée était de réussir à faire une ligne, des vêtements qui, en fonction des occasions, de la manière dont ils étaient portés, donnent un ressenti différent. La possibilité qu'une robe puisse être portée au travail, le soir, en fonction des attaches parce qu'il y a beaucoup de vêtements qui sont multi-position. L'idée était de dire que les femmes ne sont pas figées et qu'on peut être

toutes les femmes à des moments différents en fonction de ses envies.

 

D'où les différentes lignes que vous proposez...

On fait de tout en type de couleurs, de styles. Sur Ochun on a trois lignes : une qui est très ethnique, ensuite une autre basée sur la mousseline même si elle est mixée à d'autres matières, et une ligne mâle. L'idée est que ça soit transversal pour correspondre à chaque moment et à chaque étape de la vie d'une femme.

 

Vos créations sont très colorées, les matières légères, cela s'explique par la facilité de travailler certaines matières ou à un état d'esprit ?

Le flou est compliqué techniquement. Mais c'est surtout qu'à un moment, j'ai fait une ligne qui s'adressait au départ à une population de personnes qui vivaient sous des latitudes

où la couleur est importante et parce qu'on a tous les types de carnation de peaux. Il fallait proposer des choses qui vont à tous les types de carnation. J'ai choisi les matières légères car sur des matières près du corps, synthétiques, on n'est pas forcément à l'aise. Je pense qu'il y a la possibilité en dehors du tailleur, d'être féminine, chic sans pour autant être engoncé dans quelque chose de très raide qui, pour moi, ne correspond pas à ce type de femmes, ni aux latitudes sous lesquelles on vit.

 

Certaines rencontres ont-elles étaient déterminantes au sein de votre carrière ?

Bizarrement c'est celle avec ma fille qui m'a fait changer en tant que personne. Après, j'ai rencontré des gens dans le cadre professionnel qui m'ont donné envie de continuer. Lors des derniers KFD (NDLR, du 2 au 6 juin) j'ai fait des rencontres qui professionnellement ont été très enrichissantes. Ce qui fait vraiment bouger ma création, mes envies, me fait mener les plus gros combats, ce ne sont pas des rencontres professionnelles. Mais elles sont super importantes pour moi parce qu'elles motivent, encouragent.

 

De quoi vous inspirez-vous pour vos créations ?

Je m’intéresse à tout et tout le temps. C'est de la boulimie. J'ai des banques d’archives de tout et n’importe quoi. J'ai un grenier entier de magazines de mode depuis que je suis jeune. J'ai des bouquins sur l'histoire de la mode, des costumes. Je suis une boulimique de voyages, de changement. Je me nourris de ça et je puise perpétuellement là-dedans.

C.L.

(1) Une deuxième boutique devrait ouvrir dans la prolongement de celle qui existe déjà.

Anicée Martin envisage également la reprise des ventes privées sur Paris et la Martinique

et devrait également lancé un site internet de vente en ligne.

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