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Denis Devaed : « La robe créole donne une grande liberté d'expression »

Denis Devaed.
Denis Devaed.

Étudiant des Beaux-Arts à Paris, dans les années 1980 en pleine période disco, Denis Devaed commence par habiller ses amies. À la fin de ses études, il rentre en Guadeloupe et ouvre sa première boutique à Pointe-à-Pitre, en 1984. Puis il gagne le premier prix du concours Carven réalisé en Guadeloupe et s'installe à Paris tout en diffusant dans les Antilles. Aujourd'hui, le styliste est à la tête de quatre boutiques.

 

Samedi 7 novembre, vous avez présenté votre nouvelle collection Serial Matadores, une collection de 60 silhouettes. Qui est cette matadore ?

C'est une matadore qui reste le potomitan de la culture antillaise. C'est la matadore qui est toujours belle, une femme qui représente bien ce que j'ai envie de mettre en avant. Mais c'est aussi une femme moderne, ouverte sur le monde, qui voyage, qui peut être demain à New York, Paris ou Milan. Une femme qui veut conquérir le monde.

 

Dans vos collections, la robe créole est omniprésente. Elle est retravaillée, elle peut être portée courte ou longue, que représente ce vêtement pour vous ?

Pour moi, en terme vestimentaire c'est la base. C'est le premier vêtement qu'on a créé mais qui a aussi des origines européennes. La base est européenne, les Indiens ont apporté leur touche, les Africains aussi, tout le monde a mis sa touche dans cette robe. Ça représente bien ce qu'on est et ça évolue.

 

Avez-vous un souvenir particulier que vous associez à ce vêtement ?

Dans les années 1990, quelqu'un qui portait ce vêtement m'a inspiré. Cette personne portait la robe traditionnelle avec un chapeau et j'ai trouvé cela très moderne. Ça m'a poussé à travailler là-dessus. 

 

Vous avez cette facilité d'associer les imprimés. Un haut fleuri peut être porté avec un pantalon à rayures, et le résultat est concluant. Quelle est la recette ?

Il n'y a pas de recette. C'est le feeling. Ça ne s'explique pas.

 

D’où vous vient votre inspiration ?

De tout. De la musique, j'en écoute beaucoup, des voyages, de ce que je vois, etc...

 

Vous évoluez dans la mode depuis plus de 30 ans. Quel regard portez-vous sur le travail des jeunes créateurs ?

Je trouve que c'est bien, qu'il y a de plus en plus de créateurs.Tout le monde commence à trouver sa voie parce qu'à une époque, tout le monde voulait faire la même chose, ce qui était dommage. Aujourd'hui, il y a des gens qui ont un style particulier, apportent quelque chose, et il y en a de plus en plus et c'est bien que la mode caribéenne existe. Quand on voit Trinidad, la Jamaïque, on ressent un fil conducteur, quelque chose de caribéen. Et  c'est important que la mode caribéenne ait plus de visibilité au niveau national.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer, ou qui fait ses premiers pas ?

Il faut croire en soi, c'est tout, et faire ce qu'on a envie de faire et être persévérant.

 

Justement, que manque-t-il à nos créateurs pour dépasser les frontières de la Caraïbe et avoir de la visibilité à l'échelle nationale, voire internationale ?

L'argent. Tout ce qui existe dans le monde, c'est parce que de gros groupes financiers investissent. Avoir de la visibilité, faire de la pub dans un magazine, faire un défilé à Paris ou à New York, ça coûte très cher. Exister coûte très cher.

 

On en est encore loin...

Oui mais ça viendra. Pour le moment, on est obligé d'aller à Paris, New York, parce que Pointe-à-Pitre n'est pas une capitale de la mode. On est un département. Pointe-à-Pitre est comme n'importe quelle ville de province quoique, quand je vais dans certaines villes en France, il n'y a pas de créateurs de mode.

 

Selon vous, quel vêtement doit absolument avoir une femme dans sa garde-robe ?

(Il réfléchit). Un robe créole (sourire).

 

Si vous deviez être un vêtement ?

(Rires) Une robe créole, courte.

 

Entre ce vêtement et vous c'est vraiment une histoire d'amour...

Oui, parce qu'on peut faire plein de choses. Et puis, c'est un vêtement qu'on peut porter comme on en a envie. C'est une robe qui, suivant la personne est différente, donne une grande liberté d'expression parce que chaque cliente est différente quand elle la porte. Quand on porte une robe droite simple, on ne peut pas faire grand-chose sauf l’accessoiriser.

 

Il semble que vous ayez plusieurs cordes à votre arc... Vous maquillez vos mannequins à l'occasion de shooting photos...

Je me débrouille, je fais tout, quand j'ai commencé je devais tout faire. Pour montrer ce que je veux, dans quelle direction je souhaite aller, je maquille mes mannequins. Et puis, de toutes les façons, il faut toujours avoir une vue globale des choses. On ne fait pas juste une robe. Il faut penser aux accessoires, à la coiffure... C'est ce qui me donne un tempérament assez solitaire parce que j'aime travailler seul.

 

C'est aussi une question de perfectionnisme ?

Oui mais je n'aime pas la perfection... Je suis perfectionniste dans l'imperfection, je n'aime pas que ça soit trop parfait.

 

Si vous n'étiez pas créateur, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

Peintre, on reste toujours dans la création.

 

Comment est perçu votre travail à Paris, quel type de clientèle avez-vous là-bas ?

C’est comme ici, on a tout le monde, tout le monde se retrouve. La femme Denis Devaed est à l'image de ce que je fais : libre, qui a envie d'être différente.

 

Vous avez une boutique à Paris, une en Martinique, une en Guadeloupe et plus récemment, une en Guyane. La suite des projets pour Denis Devaed ? 

Miami. 

 

Quel est l'aspect de votre travail qui vous plaît le plus ?

Le dessin, les croquis, l'élaboration du prototype.

 

Et celui qui vous plaît le moins ?

Sortir après le défilé... Je n'aime pas trop. Peut-être parce que c'est obligatoire.

C.L.

 

 

Boutiques Fleur de canne Guadeloupe : galerie de Houëlbourg, à Jarry. 

Martinique : galerie Plaza Didier, rond-point du Vietnam Héroïque.

Guyane : 6, rue Lieutenant Goinet.

Paris : 24, rue Richer 75009.

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Commentaires: 5
  • #1

    Sylvia HENRY (jeudi, 12 novembre 2015 05:40)

    Bravo!!! Après avoir lu votre ITW, je me suis retrouvée dans tout ce que vous avez dit!!!!
    J'adore tout ce que vous faites!!!! Bonne continuation!!!

  • #2

    twelelokans.com (lundi, 16 novembre 2015 20:27)

    Merci Sylvia !

  • #3

    volet Jean pierre (vendredi, 27 novembre 2015 09:51)

    il m'a fait aimer la mode , très discret , un bosseur , fidèle dans sa vision , copié toujours ,mais jamais égalé .big foss Denis
    jpvolet / Côté Mode 97 / TOF.IMAGES

  • #4

    Francine de Kermadec (mardi, 29 mars 2016 05:59)

    Je vous félicite de tout ce que vous créez. Enfin quelqu'un qui n'a jamais dénigré la tenue traditionnelle simple que portaient encore des dames de Guadeloupe jusqu'en fin des années 80. Cette volupté et simplicité élégante me plaît, vous êtes un Artiste. Aussi ne devez-vous pas oublier que cette "famille négresse" appréciera aussi en Angola, au Cap Vert, Mozambique et Brésil, vos créations. Bravíssimo!

  • #5

    Amacin (samedi, 16 juillet 2016 02:03)

    Je dis bravo magnifike j'adore et sa j'achète je suis fière d'être une Guada quand je vois tes chef d'œuvre je dis chapeau longue vie à vous et à vos creations fossss j'aimerai les adresses des boutiques en gwada