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Daniel Garriga : "La veste est un vêtement qui ne va jamais manquer dans mes collections"

Daniel Garriga dans son atelier situé rue de l'Industrie àn Jarry Baie-Mahault.
Daniel Garriga dans son atelier situé rue de l'Industrie àn Jarry Baie-Mahault.

Rien ne prédestinait Daniel Garriga à devenir styliste. Il fait ses armes dans une usine de confection de vêtements à la Havane, à Cuba puis quitte son île direction la Guadeloupe. Après des années loin de la machine à coudre, il renoue avec ses premières amours et crée en 2000, sa marque Daniel Création, qui deviendra quelques plus tard D.Garriga. 

Quel est votre parcours ?

Mon parcours est assez compliqué. J'ai commencé par des études d'ingénierie industrielle comptabilité et finances à Cuba. Après avoir quitté l'université, je cherchais du travail et par le biais d'un ami, je suis rentré dans une école de couture. À vrai dire, c'était une usine de confection de vêtements pour toutes les personnes qui travaillaient dans la canne, les usines, les ministères, etc. J'ai commencé comme apprenti pendant trois mois, c'était en 1992-1993. C'était tout nouveau pour moi, je n'ai jamais pensé à travailler dans la mode.

 

Comment vous vient alors le goût pour la couture ?

Il y avait une dame, Mme Vichy, c'est elle qui m'a vraiment fait aimer la couture. Elle était tellement désagréable qu'à chaque fois, il fallait recommencer parce que je ne connaissais rien du tout. C'est comme ça que j'ai appris les bases et par la suite, les détails, la confection d'un pantalon, d'une chemise pour après passer à l'aspect technique, au montage... J'ai commencé à aimer la couture, à me découvrir parce que je ne savais pas que j'aurais pu aimer ça.

 

Et vous postulez dans cette usine , où il y a une école de couture...

Une partie de cette usine était destinée à tout ce qui était vêtement sur mesure. C'était géré par des anciens couturiers. Tout était fait à la main. Par exemple, on ne pouvait pas avoir un ensemble costume avant trois jours, aujourd'hui on te fait un costume en moins de 24 heures. J'ai opté pour cette option, il y avait cinq ans d'études. À la base j'ai fait des études de tailleur. Je suis resté dans la boîte huit ans. J'ai quitté Cuba en 2000. Je faisais des aller-retours entre l'Italie, la Havane et la Guadeloupe. En novembre 2002, j'ai définitivement quitté Cuba et je me suis installé en Guadeloupe comme professeur de danse. (rires)

 

Vous vous installez en Guadeloupe en tant que professeur de danse et exercez dans un premier temps chez Lydia Deshauteurs puis dans d'autres communes du département, à quel moment la mode refait son apparition dans votre vie ?

En 2008. Ça me manquait, j'avais tout mis en stand-by. Et puis j'ai acheté une machine et j'ai commencé à refaire mes vêtements et c'est comme cela qu'en novembre 2008, j'ai créé mon entreprise Daniel Créations. J'ai commencé à découvrir cette partie mode que je ne connaissais pas ici. Surtout la partie créole. Je me suis intéressé à la confection créole, aux robes... Il m'a fallu m'intéresser au gwoka, je suis allé à l'Akadémiduka apprendre à danser. C'était très enrichissant parce que ça m'a permis de connaître une partie de la culture guadeloupéenne que je ne connaissais pas. Ça m'a permis de commencer tout un mélange de cultures. À Cuba, on est influencé par l'Espagne mais aussi par les États-Unis par rapport à la nouvelle vague qui arrive. Ça m'a permis de mélanger un certains nombre de cultures, c'est ça qui me permet aujourd'hui de mélanger des imprimés que je ne peux pas expliquer.

 

Quelle est la place de la mode dans la culture cubaine ?

Ça dépend, il ne faut pas oublier que Cuba est grand. En occident, on ne va pas s'identifier de la même façon que le côté oriental du pays, qui est plus influencé par l'arc antillais, Haïti, la République dominicaine, il y a plus de couleurs. Coté occidental, on est plus influencé par le Mexique, les États-Unis. Par exemple, la femme de Santiago de Cuba est coquette, je retrouve plus la femme guadeloupéenne en elle. À Cuba aujourd'hui c'est différent, mais à l'époque quand j'étais petit, une femme occidentale ne portait pas de grosses boucles d'oreilles, la femme de Santiago de Cuba, oui. Elle s'identifie par des volants, des jupes évasées, la tête attachée... La femme occidentale à Cuba porte des tailleurs, la jupe fuseau. Aujourd'hui c'est mixte. Et je le retrouve ici. Quand on va à Anse-Bertrand, ce n'est pas pareil que si on va à Basse-Terre. Et pourtant, il y a une richesse différente. La femme en elle-même, j'ai appris à la cibler dans la mode ici, en Guadeloupe. À la base je travaillais plutôt l'homme..

 

Comment ont été les débuts lors de la création de votre entreprise ?

C'était très difficile, à tel point que les proches me disaient que j'étais fou d'ouvrir une entreprise avec le nombre de créateurs qu'il y avait ici, d'autant plus en étant un étranger. Je leur ai dit que j'aimais cette île et que je m'identifiais aux Guadeloupéens pour beaucoup de choses et que ça passait ou ça cassait. Chez nous, on dit que celui qui persévère triomphe. Ça n'a jamais été facile pour quiconque. Et c'est ainsi qu'à débuté cette expérience, qui m'a amené à devenir la personne que je suis aujourd'hui, en termes de connaissances, de savoir-faire, de partages, de pouvoir dire aujourd'hui que je peux transmettre.

 

En vous lançant dans cette nouvelle aventure vous-êtes vous rapproché des stylistes de la place ?

J'a essayé mais je me suis fait rejeté. Ils ne me voyaient pas forcément comme un concurrent de la Guadeloupe, sinon comme un concurrent d'ailleurs qui venait piquer les choses d'ici... Il y a quand même des stylistes guadeloupéens qui m'ont soutenu, pas forcément en me donnant des tuyaux pour y arriver mais qui m'ont guidé dans la manière de faire, d'évoluer, de travailler en Guadeloupe. Et puis, il y aussi la confrontation avec la population. J'ai été confronté à plein de choses qui te font te demander si tu continues ou si tu arrêtes. Mais c'est une très belle expérience et si c'était à refaire je le referai.

 

On voit beaucoup d'imprimés dans vos créations. Quelles sont les matières que vous aimez travailler ?

Les matières nobles, le lin, le coton, le jacquard...

 

Vous souligniez qu'à la base vous travailliez pour l'homme. Quel est son regard en Guadeloupe vis-à-vis de ce que vous proposez ?

L'homme en Guadeloupe va rester beaucoup plus classique. Dans mon domaine, ce dont j'ai besoin commercialement parlant, c'est de vendre. Je ne peux pas en Guadeloupe m'orienter à faire de la recherche dans la création pour le vêtement homme. J'ai lancé une collection vestes fleuries pour hommes, ça n'a pas fonctionné. Ils trouvaient que c'était beau mais ne se voyaient pas les porter ici. J'ai eu quelques ventes pour cette collection mais ça n'a pas fonctionné comme quand je l'ai présentée à Cuba, New York, où j'ai tout vendu. Les femmes s'assument plus, les hommes sont introvertis, ils ont encore du mal par rapport au qu'en-dira-t-on.

 

Retrouve t-on les influences cubaines dans vos créations ?

Oui, dans la découpe. La Cubaine est très coquette c'est la femme qui s'identifie beaucoup à l'Espagne, avec des influences très marquées africaines aujourd'hui très influencé par l'Occident. Il n'y a aucun complexe à Cuba. On peut retrouver une femme habiller d'un jean d'homme comme on peut retrouver un homme habiller d'un t-shirt rose sans pour autant se dire qu'il est homosexuel. C'est quelque chose qui m'a freiné quand je suis arrivé. Je me souviendrai toujours qu'on me disait qu'il ne fallait s'habiller de telle ou telle façon. J'ai pensé que j'étais en Europe. Après, j'ai compris que pour pouvoir t'habiller comme tu en as envie, il faut affirmer ta personnalité.

 

Y a-t-il une pièce maîtresse dans vos créations ?

La veste est un vêtement qui ne va jamais manquer dans mes collections aussi bien pour femmes que pour hommes. C'est la veste retravaillée à la légèreté totale de la pièce. Je ne travaille pas la veste pour encombrer le client. J'ai éliminé les épaulettes, je travaille avec du biais pour relever la veste, il y a pas mal de petites choses...

 

Qui est donc la femme Daniel Garriga ?

C'est une femme soft, qui doit s'adapter au jour et à la nuit. La plupart des vêtements que je conçois sont des vêtements avec lesquels la femme peut aller travailler le matin et aller à un cocktail avec le soir. C'est important que le jour, elle ne soit pas trop habillée et que le soir elle ne soit pas trop light. Le soir, on va accessoiriser la tenue et en gardant le même vêtement, ça peut donner autre chose. Après, il y a plusieurs gammes de vêtements. Je m'identifie surtout chez la femme avec les lignes, les carreaux, les structures. On peut retrouver ce mélange de structures et de fleurs chez moi.

 

Et l'homme Garriga ?

Il peut être un homme très strict ou très décontracté. Je suis un défenseur du coton, du lin, ça représente pour moi énormément l'homme, plus que la femme. La femme on va la chercher dans le coté structuré, on aura plus de fluidité. Tandis que l'homme c'est toujours la chemise, le col. On sort un peu de l'ordinaire parfois dans le mélange des matières mais on garde toujours ce côté strict. Le pantalon n'est pas taille basse, il est à la taille pour les hommes. À Cuba, lors de ma dernière collection, j'ai présenté des vestes et des shorts. Ici, je ne peux pas, ça sera vestes et bermudas. La longueur a beaucoup d'influence, on ne va pas se mettre en short, c'est très rare sauf quand on va à la plage. A Cuba, New York, Paris, en Espagne et même en Jamaïque, on verra un homme en short mi-cuisses, en Guadeloupe ce n'est pas encore acté.

Célia Labry

 

 

Facebook : Daniel Creation

Instagram : daniel.creation

 

Rue de l'Industrie

PointeJarry ZI Jarry angle

97122 Baie-Mahault

Daniel Garriga aime le mélange d'imprimés et de matières.
Daniel Garriga aime le mélange d'imprimés et de matières.
La veste qu'elle soit pour femmes ou hommes est une pièce maîtresse des collections de Daniel Garriga.
La veste qu'elle soit pour femmes ou hommes est une pièce maîtresse des collections de Daniel Garriga.

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