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Persévérance, patience, visibilité : les mannequins noirs dans l'industrie de la mode

Capture d'écran models.com
Capture d'écran models.com

Naomi Campbell, Iman, Alek Wek. Elles ont toutes comme point commun d'être noires et d'avoir marqué l'histoire de la mode. Mais au 21e siècle, les mannequins noirs, hommes ou femmes, ont encore du mal à faire partie de cette « diversité » tant prônée. Le site web Models.com a ainsi donné dans une vidéo, la parole à 50 mannequins de différentes nationalités, icônes ou nouveaux visages afin de répondre à la question « What does it mean to be black in fashion » Qu'est-ce qu'être noir dans la mode ?

« C'est une bonne question, qu'est-ce que ça veut dire être noir(e) dans la mode. Eh bien, je suis noire et je suis dans la mode. Pour moi, ce qui était un moment déterminant pour ma couleur de peau et la mode, est la couverture que j'ai faite en 1974 pour le Vogue Magazine. Je n'ai pas vraiment réalisé l'impact mondial que cette couverture pouvait avoir. Mais en ce qui concerne les États-Unis, c'était le signal à Madison Avenue, aux annonceurs, que le Noir était beau », confie Beverly Johnson, l'une des premières à témoigner dans la vidéo.

En 1974, cette Américaine est la première femme noire à poser pour l'édition américaine du Vogue. Un an plus tard, elle sera en couverture de l'édition française de Elle.

Quelques années auparavant, Donyale Luna (bien qu'il existait déjà des mannequins noirs) est la première à faire la couverture du Vogue anglais.

Comme d'autres, elles ont ouvert la voix. Mais malgré les années, et même si les mannequins sont plus visibles sur les podiums, il n'empêche que des efforts restent à faire. Les difficultés sont toujours présentes pour ces hommes et femmes, qui n'aspirent qu'a faire leur métier sans que leur couleur de peau ne soit un frein à l'évolution de leur carrière.

« Il faut travailler dix fois plus que tes collègues blancs », glisse Mayowa Nicholas, premier modèle nigérian retenu pour les défilés de Dolce & Gabbana, Saint-Laurent et Calvin Klein.

Travailler toujours plus, ne pas avoir le droit à l'erreur, des sentiments qui résonnent chez beaucoup d'entre eux. « Tu dois être parfait, qu'il s'agisse de s’entraîner chaque jour. Faire en sorte que ma peau, mes cheveux, tout, soit au top », poursuit le Soudanais George Okeny,

Pour certains de ces mannequins, être noir(e) dans la mode « représente le pouvoir ; être vu et entendu dans des espaces, lieux et publications que nous n'avons jamais eus ».

 

Une motivation à toute épreuve

Mais sans une équipe derrière, difficile de faire partie de cette diversité et de se faire un nom. «  Sans une bonne agence, tu ne peux rien faire en tant que modèle africain et si personne n'est là pour se battre pour toi, tu ne peux pas travailler », constate Shanelle Nyasiase, originaire du Soudan du Sud.

Persévérance et patience sont les maîtres mots pour se construire une carrière dans le milieu selon Youssouf Bamba. Seuls les plus motivés réussissent.

Travailler dans la mode en tant que noir ou dans n'importe quel milieu professionnel revient au même pour Grace Mahary, modèle Canadien. « Les blancs dominent l'espace, il y a des limites dans les opportunités pour nous. Il y a aussi un système de récompense (…). Je me souviens avoir reçu une tape dans le dos et être félicitée d'être le seul modèle noir sur un set, un show ou une campagne et j'ai pensé que c'était ridicule. »

Être moins visible, « avoir moins d’opportunités » alors que l'on parle de diversité c'est un fait que reconnaît le Top français Cindy Bruna, nouvelle ambassadrice de L'Oréal Paris. « Être noir signifie aussi que pour quelque raison, nous devons actuellement convaincre les gens que noir c'est beau. Et les normes de beauté mondiales qui sont en place depuis de nombreuses années hésitent toujours à nous inclure ou à ne pas nous inclure. »

Être noir dans un milieu professionnel n'est pas facile, encore plus dans l'industrie de la mode, où l'image est essentielle et les places chères. En fonction des clients, de l'image de la marque, certains mannequins ne seront pas retenus. Face à cette situation, des modèles ont choisi de tenter leur chance aux États-Unis, où le marché pour les modèles métis et noirs est plus accessible.

Mais la nouvelle génération, à l'instar de la Jamaïcaine Tami Williams veut « donner l'exemple pour les modèles à venir ou les personnes noirs qui cherchent à entrer dans l'industrie ».

Célia LABRY

Le modèle Jamaïcain, Tami Williams. Capture d'écran : models.com
Le modèle Jamaïcain, Tami Williams. Capture d'écran : models.com
Pourcentage de modèles de couleur : Fashion Week de New York, Londres, Milan et Paris combinés. Source : thefashionspot.com
Pourcentage de modèles de couleur : Fashion Week de New York, Londres, Milan et Paris combinés. Source : thefashionspot.com

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